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  • Nicoline Droogmans

Une race ne fait pas un individu.

Dernière mise à jour : 26 mars

La personnalité d'un chien est formée de bon nombre de facteurs, sa race n'en constitue qu'un parmi d'autres.


Il est fréquent d'entendre dire ou de lire « ton chien est de telle race, il doit forcément aimer les enfants » ou bien encore « la race de ton chien est connue pour être très dynamique ». Ce sont deux exemples mais il y en a bien davantage encore. On retrouve des a priori sur certaines races qui sont pour une majorité d'entre eux préjudiciables à l'individu chien que nous avons en face de nous.

LES CARACTÉRISTIQUES DE RACE


On connaît une race par rapport à son utilité en premier lieu : pour quelle(s) raison(s) une race a-t-elle été créée au départ ? En vous focalisant sur ce point, vous découvrirez des comportements indissociables de la race en elle-même, mais possiblement dissociables d'un individu chien au sein de cette race. Cependant, si vous cherchez une exception, dites-vous que c'est là vous mettre des bâtons dans les roues.


Si vous ne souhaitez pas un chien qui adore l'eau et nager, n'allez pas vers un Labrador ou un Golden Retriever. Si vous ne souhaitez pas un chien sensible aux mouvements avec une volonté de le stopper, ne prenez pas un Berger Australien ou un Border Collie. Si vous ne souhaitez pas un chien qui garde, n'allez pas vers un Malinois ou un Berger Allemand. Renseignez-vous sur les comportements possibles sur une race, de sorte à savoir si ces derniers correspondent à votre mode de vie et à votre quotidien de façon générale. Renseignez-vous également sur les comportements d'un chien tout court, de sorte à ne pas être embêté si d'avenir il s'avère que votre futur chien adore creuser ou mastiquer tout ce qu'il trouve car vous pourriez être surpris si vous apprenez à ce moment-là que ces comportements sont tout à fait naturels.


Ces comportements intrinsèques à la race peuvent être travaillés de sorte à ne pas apparaître à n'importe quel moment ou tout du moins, pas sans contrôle de la part de l'humain sur ces derniers. Pour autant, simplifiez-vous la tâche si vous savez d'ores et déjà que vous n'aurez possiblement pas la patience de travailler sur des comportements que vous percevez comme étant gênants, et ne prenez pas un individu d'une race précise si c'est pour l'empêcher d'avoir des comportements qui lui viennent naturellement.

NE PAS CONFONDRE RACE ET LIGNÉE


Au sein d'une race, il y a différentes lignées, en fonction de ce que les éleveurs ont voulu garder de la race en question dans leur sélection. Dans cette partie, je ferai des généralités sur les lignées mais gardez bien en tête qu'un chien est avant tout un beau mélange de ça et d'autres facteurs qui constituent sa personnalité.

La lignée travail (ou working) est davantage axée sur le fait d'être performant sur le travail pour lequel une race a été créée. Ces chiens sont connus pour avoir des besoins de dépenses (physiques et intellectuelles) marqués et des patrons-moteurs (ou comportements innés) liés à leur race qui s'expriment plus facilement.

La lignée beauté (ou show) est quant à elle axée sur la beauté du chien, de sorte à ce qu'il soit performant dans ses résultats lors des expositions canines. Ces chiens ont moins besoin de travailler que les lignées travail, pour autant ils gardent des besoins à combler, et leurs patrons-moteurs ont pu s'atténuer pour certains étant donné que leur sélection n'est pas axée sur ces derniers.

La lignée mixte, quant à elle, associe la beauté toute relative d'un chien à des instincts qui ont été gardés dans la sélection. Le chien a alors plus de chance d'avoir de bons résultats en exposition canine tout en gardant une certaine volonté à travailler.

Sur la lignée travail, les professionnels comme moi sont fréquemment appelés pour des raisons de besoins non comblés car ces chiens sont en famille et l'activité présente au sein du foyer ne leur convient pas. Il y a généralement des destructions et d'autres comportements vus comme étant indésirable par leurs humains. Sur la lignée beauté en revanche, on retrouve parfois des hypertypes morphologiques avec des caractéristiques physiques trop prononcés pour permettre à un chien de vivre sereinement (difficultés à respirer, à courir, à jouer, douleurs récurrents, etc.).


Au sein de ces lignées, vous avez encore d'autres sélections faites par les éleveurs en fonction des reproducteurs dont ils apprécient les qualités physiques (santé, morphologie, etc.) et les qualités comportementales. Autant dire que ça peut facilement être un vrai casse-tête de choisir un élevage pour aller chercher son futur chiot.

LA GÉNÉTIQUE JOUE UN RÔLE

Au-delà de la race et de la lignée, un chiot héritera certaines caractéristiques de ses parents. Malheureusement, on ne peut pas savoir à l'avance desquelles il s'agira, à moins d'avoir d'ores et déjà fait à plusieurs reprises un même mariage entre deux reproducteurs et de savoir ce qu'une portée donnera globalement, ou à moins d'avoir étudié les portées déjà nées d'un des deux reproducteurs. Cependant, cela reste aléatoire : un reproducteur peut transmettre des caractéristiques physiques aussi bien que comportementales, il faut donc être conscient que lorsqu'on choisit un chiot, on choisit aussi les parents de ce dernier dans une certaine mesure.

Un mâle pourra transmettre de belles angulations par exemple et une femelle pourra transmettre une longueur de poils, voire une couleur spécifique. Ce ne sont que des exemples et ils sont valables dans les deux sens. Toutefois, une femelle ou un mâle réactif congénères par peur pourrait également transmettre cette sensibilité aux congénères à ses chiots. On ne peut pas savoir à l'avance quels gènes seront distribués aux chiots à naître, aussi il faut garder en tête que parmi ces derniers, un des parents pourra transmettre quelque chose qu'on ne voudrait surtout pas. Les éleveurs néanmoins savent pour beaucoup quelles seront les caractéristiques des parents généralement transmises à force d'avoir étudié les lignées et les reproducteurs.

Dans ce contexte, le travail des éleveurs est primordial quant à leur sélection : un chien avec des soucis de santé possiblement transmissibles est généralement écarté de l'élevage, tout comme un chien avec des troubles comportementaux pouvant déboucher sur des problématiques dans la famille des adoptants. De même, la sélection de leurs adoptants a une importance capitale dans l'épanouissement de leur chiot dans sa future famille : il s'agit de lui trouver le foyer qui lui correspondra le mieux en fonction du comportement des parents et de leurs compétences au travail, mais également et surtout en fonction de sa personnalité à l'élevage, même si cette dernière pourra évoluer par la suite.


N'hésitez pas à demander à voir les parents de votre futur chiot, même si seule la mère est présente à l'élevage, cela vous donnera un aperçu de ce que pourrait éventuellement devenir votre futur membre de la famille. Si vous voyez qu'elle est méfiante vis-à-vis de l'humain, voire carrément apeurée, cela peut être le signe qu'il vaudrait mieux éviter de prendre sur cette portée. Une mère stressée durant une gestation peut également générer du stress aux chiots qu'elle porte : c'est ce qu'on appelle l'épigénétique.


L'épigénétique correspond à des modifications des structures des cellules par rapport aux informations qu'elles reçoivent de l'environnement. Ces « marques » peuvent subsister ou non, même après qu'un événement soit passé et donc modifier la structure d'une cellule de façon définitive. Autant dire que ces modifications peuvent par la suite se transmettre à une portée, notamment à la suite d'un stress important (face à des humains, à des congénères, etc.).

Vous pourriez également avoir un chiot totalement différent de sa mère et de son père, qui développera plus tard une personnalité totalement à l'opposé de ces derniers, mais cela dépendra d'autres facteurs liés donc à son environnement.

LA SOCIALISATION AU SEIN DE L'ÉLEVAGE


Lorsque votre chiot vient au monde, il se trouve dans un environnement qui lui permettra ou non de faire des associations positives. Ainsi, il apprendra que l'humain est ou n'est pas sécuritaire pour lui, que ses congénères sont ou ne sont pas des copains potentiels, et ainsi de suite. En résumé, il va former ses toutes premières associations positives et négatives avec son environnement proche.

Cela peut être une période absolument géniale durant laquelle votre chien apprendra que l'humain est un être qui lui apporte tout plein de choses merveilleuses et que les autres chiens sont vraiment sympathiques. Ou bien cela peut être une période désastreuse avec peu de contact avec des humains différents et aucun contact ou uniquement des interactions négatives avec ses congénères. N'hésitez pas à vous renseigner à ce sujet auprès de l'élevage sur la façon dont les chiots sont socialisés.

Si vous prenez un chiot dans un élevage en pleine campagne et que vous l'amenez en centre ville à ses deux mois alors qu'il n'a rien connu de tout ça, il risque fort d'être terrorisé par cette immersion après avoir eu une vie fort paisible jusque là. Il est tout à fait possible de l'habituer progressivement à ce nouvel environnement s'il n'a pas vu la ville uniquement jusqu'ici, cependant s'il n'a absolument rien vu du tout depuis sa naissance, un trouble comportemental peut survenir, à savoir le syndrome de privation sensorielle qui se caractérise par un chiot ayant peur de toute chose nouvelle vue comme étant inconnue et perçue comme étant une menace.


Il est de fait important de choisir un élevage faisant une socialisation adéquate avec ses chiots en leur faisant voir et entendre : des textures et des couleurs variées, des bruits de maison, des environnements différents, des individus autres (humains, congénères, autres espèces, etc.) en faisant en sorte que les associations soient positives, voire neutres.

LA MÉTHODE ÉDUCATIVE


La façon que vous aurez d'éduqué votre chiot une fois qu'il sera arrivé à la maison aura également un impact sur sa personnalité future. Si vous employez de la coercition vis-à-vis de votre chiot sans chercher à connaître la cause d'un comportement et en souhaitant uniquement résoudre les conséquences, à savoir le comportement en question qui vous dérange, vous allez droit dans le mur. Votre chiot apprendra qu'on peut lui mettre des saccades sur un collier lorsqu'il a peur, qu'on peut s'énerver sur lui alors qu'il a simplement besoin de faire ses dents quelque part ou bien encore qu'on peut forcer le contact avec lui lorsqu'il n'en veut pas. En résumé, les associations négatives vont se multiplier et vous pourriez déclencher : de la réactivité par peur, une morsure car il n'a pas été compris sur de premiers signaux de mise à distance, et ainsi de suite.


Si l'éleveur a un rôle à jouer dans sa sélection, en tant que famille vous avez également un rôle à jouer dans la perception du monde par votre chiot. En effet, ce dernier n'aura passé que deux mois chez son éleveur, voire trois au grand maximum, mais si l'éleveur a fait un super travail et que derrière, vous détériorez petit à petit la confiance qu'aura votre chiot en son environnement, alors tout ce travail effectué avant qu'il n'arrive chez vous aura été vain, ou presque.


Il ne tient qu'à vous de maintenir une bonne socialisation une fois que le chiot sera arrivé au sein de votre famille, de sorte à l'habituer de façon progressive à ce nouvel environnement, en lui apprenant qu'il peut compter sur vous. Sa personnalité prendra en compte également ce qui lui arrive par la suite chez vous alors lorsque vous remarquez un comportement indésirable, cherchez la cause ou faites-vous aider par un(e) professionnel(le) pour la trouver, de sorte à pouvoir travailler à partir de là, sans le contraindre physiquement et sans vous énerver sur lui. Et bien entendu, cette partie est valable pour tous les chiots et chiens, qu'ils viennent d'un élevage, d'une association ou d'un refuge. Eh oui, vous avez aussi un rôle important à jouer dans la construction du caractère futur de votre chiot !

SES PROPRES SENSIBILITÉS


Votre chiot naîtra aussi avec ses propres sensibilités, qui ne seront pas héritées des parents, mais qui lui seront propres. Il sera de nature plutôt sensible ou assurée, avec une volonté de découvrir le monde plus que les autres ou au contraire de rester à proximité de l'humain car il le préfère pour le moment à l'environnement qui l'entoure. Ces sensibilités-là joueront dans le travail de l'éleveur mais également dans celui que vous ferez par la suite, une fois qu'il sera arrivé chez vous.


Elles ne sont pas à ignorer car elles auront un rôle précieux dans la façon que vous aurez de le montrer à votre environnement une fois qu'il sera arrivé auprès de vous. Le maître-mot devrait être l'adaptation : adaptez-vous au rythme de votre chiot, n'allez pas trop vite et dès qu'il montre un stress ou des craintes ici et là, alors arrêtez-vous, permettez-lui de prendre de la distance avec ce qui pourrait l'effrayer, et construisez une association positive avec ce qu'il perçoit. Faites en sorte que votre chiot puisse avoir confiance en vous et en son environnement, et n'hésitez pas à le rassurer s'il demande votre présence auprès de lui.


Comme vous avez pu le voir : un chiot n'est pas uniquement le résultat de sa race mais bien de plein de facteurs différents. Aussi, pensez à ça lorsqu'il vous vient à l'idée de parler d'a priori sur une race spécifique. Non, un Golden Retriever n'est pas forcément « gentil avec les enfants ». Non, un Saint-Bernard n'est pas forcément « têtu » (d'ailleurs, vous remarquerez qu'il n'y a pas une seule race sur laquelle on ne met pas cette étiquette). Non, un Husky n'est pas forcément « fugueur ». Toutes ces a priori correspondent à des on-dit mais l'individu chien qui est chez vous ne correspond à aucun autre, aussi focalisez-vous sur ce que vous voyez de lui, et non pas sur ce qu'on vous dira sur sa race.


En guise de dernier petit exemple : j'ai à la maison deux Saint-Bernards, deux femelles entières. Elles ne sont pas de la même lignée, les reproducteurs ne sont pas les mêmes. Elles viennent de deux élevages différents et ont eu de fait une socialisation différente également. Le tempérament de base de chacune d'entre elles est radicalement opposé. En résumé, elles sont de la même race mais n'ont rien en commun en terme de caractère. J'avais des croyances limitantes à ce sujet en ayant accueilli Osa, croyant à tort qu'un Saint-Bernard était « calme » et « tranquille ». Et puis, j'ai eu Shani, une véritable tornade avec une sensibilité à fleur de peau et une vraie volonté de travailler à mes côtés. Alors s'il vous vient à l'idée de prendre un individu d'une race similaire à celui qui se trouve déjà à vos côtés, réfléchissez bien : vous pourriez avoir une personnalité totalement opposée à celle que vous connaissez déjà de votre premier chien.

Je n'ai pas parlé dans cet article des chiots issus de refuge ou d'association spécifiquement, mais ils sont également concernés par tout ceci. La seule différence étant qu'il n'y a pas ou peu de traçabilité sur là d'où ils viennent pour certains et il n'est donc pas possible d'étudier précisément la part de génétique présente chez eux une fois qu'ils arrivent chez vous. La seule chose certaine, c'est que peu importe que votre chiot ou chien adulte vienne d'un élevage ou d'un refuge... Attendez-vous à ce qu'il bouscule votre quotidien et ça sera certainement pour la meilleure aventure de votre vie, et de la sienne aussi, alors ne le résumez ni à sa race ni à son croisement : il sera toujours bien plus que ça.

© Toutougether - Nicoline Droogmans

www.toutougether.fr

06 36 10 04 84

toutougether@hotmail.com

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