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  • Nicoline Droogmans

Transformer un stimulus disruptif en interrupteur positif.

Faire cesser le comportement d'un chien, c'est bien. Lui apprendre à faire autrement, c'est mieux.


Pas une seule personne n'a déjà évité d'utiliser ce qu'on nomme communément des stimuli disruptifs. Même si vous n'en connaissez pas le nom, vous les connaissez très certainement en eux-mêmes. Il s'agit de ce moment où l'humain dit « non », « stop », « arrête », « hep », etc. En résumé, les stimuli disruptifs sont ce qui stoppe un comportement à un moment donné, ils sont donc très fortement utilisés par l'humain.

ANTICIPER PLUTÔT QUE FAIRE CESSER


Lorsqu'on anticipe un comportement indésirable, en aménageant l'environnement, en faisant en sorte que ce dernier ne se produise pas, nous avons la possibilité de le modifier. En récompensant un comportement désirable au lieu du comportement indésirable qui ne peut alors plus avoir lieu, vous permettez à votre chien d'apprendre comment gérer une situation. Voici quelques exemples :


Mon chien saute sur les invités car il est très enthousiaste à l'idée d'entrer en interaction avec eux, je vais donc placer une barrière devant la porte afin qu'il n'ait pas l'occasion de produire ce comportement et les invités vont pouvoir lui donner de l'attention alors que ses quatre pattes sont au sol uniquement.

(Les arrivés arrivent. → Mon chien reste au sol. → Il est récompensé par une interaction avec eux.)


Mon chien aboie sur les gens lors des promenades car il n'est pas du tout à l'aise avec l'approche de l'humain. Je vais le mettre en longe et travailler en partant de sa zone de confort pour positiver l'humain de loin puis de plus en plus près sans faire augmenter son niveau de stress.

(Un humain est visible. → Mon chien les regarde en étant serein. → Il est récompensé par une friandise de très forte valeur/un jouet/une interaction avec moi.)


Dans ces deux exemples, on anticipe en aménageant l'environnement, de sorte à pouvoir renforcer un comportement désirable mais également en travaillant sur une émotion. Bien sûr, ce ne sont là que des exemples de gestion de l'environnement, il y a bien d'autres possibilités.

QUAND L'ANTICIPATION N'EST PAS POSSIBLE

Parfois, il arrive que l'anticipation soit impossible pour tout un tas de raisons : on est occupé à faire autre chose, l'événement est imprévisible, etc. Dans ce cas, il peut s'agir d'une urgence et on fait alors ce qu'on peut. C'est à ce moment-là qu'un stimulus disruptif peut survenir. Voici des exemples :


Je suis en train de faire la vaisselle et un membre assez âgé de la famille arrive. La barrière n'est pas installée devant la porte, mon chien va donc directement lui sauter dessus. Je lui crie « NON » et il s'arrête derechef. On vient de passer sur une punition positive, à savoir on a ajouté un stimulus désagréable pour le chien afin d'arrêter un comportement.

Je promène mon chien dans des terres agricoles où j'ai pour habitude de le lâcher étant donné qu'il n'y a personne. Un enfant arrive à ce moment-là avec ses parents, mon chien se dirige en courant vers eux et je lui crie « STOP », il s'arrête directement. De nouveau, on passe sur une punition positive : le comportement s'arrête avec l'ajout d'un stimulus désagréable.


Dans ces deux exemples, on parle d'une urgence, il faut faire cesser le comportement au moment où il se produit. Ce n'est donc pas un apprentissage : votre chien n'a absolument rien appris de ce qu'il devait faire ou non, il a simplement réagi à l'intonation de votre voix sur le mot que vous avez prononcé (vous auriez pu prononcer « PATATE » que ça aurait eu le même effet). Il est possible que ce que vous avez dit l'ait surpris ou même lui ait fait peur dans le pire des cas, car il n'est pas à l'aise avec une intonation comme celle-ci ou car il a appris qu'après ce moment venait une punition positive plus lourde de conséquence pour lui.


D'ailleurs, dans la plupart des cas, les mots prononcés n'auront aucun effet dans ce genre de cas et le chien continuera son comportement : parce qu'un « NON » ou un « STOP » ne sont pas forcément des stimuli disruptifs en eux-mêmes. S'ils n'arrêtent pas un comportement, ils ne sont rien de plus que des mots prononcés d'une voix plus ou moins énervée.

COMMENT RENDRE UN STIMULUS DISRUPTIF ATTRAYANT

Un stimulus disruptif peut avoir son intérêt, autant dans des cas d'urgence que dans des moments où un comportement n'est pas acceptable du tout et qu'on souhaite éviter à tout prix un renforcement du dit comportement sans pouvoir le gérer activement à l'instant où il se produit. Cependant, ne pas faire peur à un chien durant ses apprentissages devrait être une priorité au niveau de nos préoccupations, de sorte à ne pas provoquer une très mauvaise association à un moment où on ne le souhaiterait pas. Par exemple :


Mon chien vient voir des invités, je n'ai pas anticipé et il leur saute dessus. Je lui dis « NON » et il redescend aussitôt. Problème ? Une association négative peut être créée vis-à-vis des invités et on peut alors provoquer d'autres problématiques plus sérieuses que de simples sauts.

(Les invités arrivent. → Le chien saute. → On lui fait peur.)


Mon chien part en trombe sur des gens en balade et leur aboie dessus. Je lui dis « CA SUFFIT » et il s'arrête directement. Souci ? Une association encore plus négative vis-à-vis de l'humain peut être créée à ce moment précis et on peut alors aggraver un problème de réactivité déjà présent.

(Les personnes arrivent. → Le chien leur aboie dessus. → On le surprend.)


Le stimulus disruptif, c'est un cache-misère, c'est ce qui stoppe un comportement sans apprentissage mais c'est aussi ce qui montre qu'un chien n'a pas appris à faire autrement. Et de fait, si on ne lui montre pas comment faire d'une autre façon, il ne risque pas de trouver seul, surtout si le comportement indésirable est récompensé à chaque fois qu'il le produit.


Pour autant, il est parfois préférable de l'avoir positivé pour le chien au préalable, de sorte à pouvoir l'utiliser dans un cas d'urgence. Selon Ian Dunbar, l'intensité de la voix devrait valoir une friandise de plus ou moins forte valeur, de sorte à ce que prononcer un mot d'une voix forte devienne un moment absolument génial pour un chien.


Ainsi, dire « NON » fermement ne veut absolument rien dire mais si cette demande est travaillée au préalable alors elle deviendra un interrupteur positif. On le prononce au départ d'une voix neutre en récompensant avec une friandise de valeur faible, puis d'une voix de plus en plus forte en récompensant avec une friandise de valeur moyenne puis de valeur très haute. Attention cependant : certains chiens sont plus sensibles que d'autres ou une voix forte a tellement été associée à la réprimande que le fait de positiver un stimulus disruptif pourrait s'avérer laborieux, voire impossible. Comme pour chaque chose, on s'adapte à son chien et à sa sensibilité.


Gardez en tête que même si vous positivez au maximum les stimuli disruptifs que vous avez tendance à utiliser de sorte à ne pas faire peur à votre chien, ils ne constituent pas un apprentissage à proprement parler. Mettez en place un plan d'apprentissage solide pour chaque comportement indésirable dans votre quotidien et celui de votre chien afin de le modifier et gardez en tête que les stimuli disruptifs, même une fois devenus des interrupteurs positifs, ne doivent servir que dans des cas où l'anticipation n'a pas été possible au préalable.

© Toutougether - Nicoline Droogmans

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