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  • Nicoline Droogmans

Le chien adulte et le chiot au sein d'un même foyer.

Préserver la quiétude de l'un pour mieux s'adapter au niveau d'énergie de l'autre.


Lorsqu'on accueille un deuxième chien, et donc ici un chiot, la grande question est « que va-t-il se passer avec le premier ? » Eh oui, il ne faut pas croire mais le fait d'ajouter un nouveau membre à une famille, qu'il soit individu humain, canin, félin ou d'une autre espèce, reste une étape de vie plus ou moins difficile pour le ou les autres individus qui composent d'ores et déjà le foyer en question. Dans cet article, je souhaite avant tout me focaliser sur la relation entre un chien adulte et un chiot nouvellement arrivé.

UN RYTHME DE VIE DIFFÉRENT


Lorsqu'on accueille un chiot, il faut être conscient que le rythme de vie et donc l'énergie quotidienne n'est absolument pas la même que celle d'un adulte, à part dans certains cas où le chiot se montre déjà relativement calme. Un chiot va explorer davantage son environnement, s'intéresser de près à tout ce qui se trouve autour de lui (dont l'adulte qui se trouve à ses côtés), faire ses dents, vouloir jouer... Et vous ne pourrez pas lui demander le même calme qu'à votre chien adulte, il est normal que le rythme soit différent.


En résumé, ça fait un beau niveau d'énergie à gérer et autant vous dire que laisser votre chien adulte le faire n'est pas la chose la plus bienveillante du monde à lui demander. Imaginez donc si, lorsque vous étiez encore à vivre chez vos parents, ils avaient eu un deuxième enfant et qu'ils vous avaient laissé vous charger de lui constamment (les pleurs, les couches, etc.)... Pas dit que vous n'auriez pas pété un câble.

GÉRER LES INTERACTIONS


Votre chien adulte n'est pas un baby-sitter, il n'est pas là pour inculquer les règles du foyer à votre chiot. Au contraire, il est dans sa maison, chez lui ; dans un lieu sécuritaire. Et là, tout d'un coup, on lui met dans les pattes un jeune chiot qui peut parfois se montrer très harcelant dans son comportement. A ce sujet, ne vous inquiétez pas : c'est là quelque chose de tout à fait normal. Cependant, normal ne signifie pas qu'il faut laisser faire.

Votre premier chien a le droit d'être tranquille et de ne pas avoir tout le temps dans les pattes un chiot qui ne respecte parfois aucun des signaux de malaise qu'il exprime. C'est à vous de gérer les interactions, de rediriger le chiot, voire de les séparer si vous voyez que votre chiot ne parvient pas à décrocher son attention de votre chien adulte. En résumé, c'est vous l'humain, c'est donc à vous qu'il incombe la responsabilité de la quiétude de tous les individus au sein de votre famille.


Alors à ceux qui diront « c'est la nature de les laisser se gérer » : dans un environnement de chiens errants par exemple, ils auraient l'espace pour pouvoir aller ailleurs et possiblement se débarrasser au passage du chiot qui les enquiquine. Dans un contexte de vie de famille, ils sont entre quatre murs ou tout du moins dans un espace clos (oui, même le jardin est un espace délimité), donc aucune possibilité de fuite réelle pour éviter d'aller au conflit.


Ça ne signifie pas de toujours contrôler les interactions mais de choisir les bons moments au cours desquels ils peuvent communiquer. Choisissez des périodes d'accalmie chez votre chiot afin qu'il puisse davantage prendre en compte ce que lui communique votre chien adulte au lieu de monter en excitation sans pouvoir redescendre par la suite. Choisissez également des moments où votre chien adulte vous montre clairement qu'il veut entrer en contact avec votre chiot.


Pour vous donner un petit exemple : lorsque Shani est arrivée à la maison avec son dynamisme et sa joie de vivre, la chute a été rude pour Osa qui a vu arriver dans son quotidien un véritable ouragan. On a donc mis en place des temps d'interaction, toujours positifs, pour que chacune puisse se découvrir de la façon la plus bienveillante possible, autant envers l'une qu'envers l'autre. Parce que non, laisser l'adulte pancarter le chiot sous prétexte qu'il « faut les laisser faire », ça n'apprendra absolument rien à personne. Au contraire, il est fort probable que votre chiot en garde un très mauvais souvenir, voire même qu'une association négative soit faite sur le long terme.

LA GESTION DES RESSOURCES


Par manque d'anticipation de notre part, Osa a remis en place sèchement Shani deux fois lors de sa première semaine à la maison. Attention : je connais ma chienne, son inhibition à la morsure est très bonne et je lui fais une confiance aveugle. Cependant, ces deux situations auraient pu être évitées en gérant l'environnement. Pour vous donner un ordre d'idée, Shani, les deux fois, s'est recroquevillée dans un coin et n'a plus du tout voulu interagir avec Osa durant quarante-huit heures à la suite de ces expériences extrêmement négatives.


La première fois, Osa a protégé des ressources qu'elle n'aurait jamais protégées auparavant (et il est normal de voir de la protection de ressource apparaître lors de l'arrivée d'un nouvel individu dans le foyer, notamment pour combler un besoin de sécurité). Shani venait d'arriver et se trouvait non loin des ressources en question, elle ne les avait absolument pas vues mais était trop près, et Osa a donc été au carton... pour rien. Shani n'a rien compris à ce qui s'était passé et nous étions donc deux à devoir rassurer Osa qui avait dû en venir à cette extrémité stressante, aussi bien pour elle que pour tout le monde autour (surtout avec le cri que venait de pousser Shani), et Shani qui venait de vivre une expérience traumatisante du haut de ses deux mois.


La deuxième fois, Shani a voulu prendre une ressource de très forte valeur pour Osa et de la même façon, une violente remise en place s'en est suivie. Elle s'est précipitée de l'autre côté de la pièce et ne voulait alors plus du tout être en contact avec Osa. Elle est donc restée auprès de moi par la suite et j'ai dû reprendre tout le travail des associations positives diverses et variées entamées auparavant.

Ces deux exemples sont là pour démontrer une chose : les ressources ont une importance capitale pour certains chiens et peuvent prendre une valeur innommable lors de l'arrivée d'un chiot. C'est logique car son environnement vient de changer, il a besoin de se rassurer en les protégeant. Cela changera peut-être avec le temps mais au départ, il est important de montrer au chien adulte que ses ressources sont toujours à lui, qu'il peut en jouir sans être dérangé, et que chaque ressource se trouve multipliée par deux à chaque distribution. Donc si vous donnez un jouet d'occupation à votre chiot, donnez-en un également à votre chien adulte, quitte à mettre une grille de séparation entre eux pour éviter des tentatives d'appropriation de ressource de l'un sur l'autre et ainsi permettre également une association positive entre eux.

POSITIVER LA PRÉSENCE DE L'AUTRE


Tout est bon pour faire en sorte qu'une association positive se crée entre deux individus parfois radicalement différents, comme ça a été le cas pour Osa et Shani. Tout d'abord, sur la première semaine, la mise en contact n'était que de quelques minutes par-ci par-là, à chaque fois Osa était fortement récompensée lorsque Shani arrivait dans la pièce et de la même façon, Shani l'était en apercevant Osa. L'utilisation des grilles d'un parc à chiot a été utile pour séparer lorsqu'il y avait des ressources de forte valeur.


Des balades ont été organisées à deux, dans des environnements sereins où chacune pouvait profiter de l'autre tranquillement. Les moments où Shani avait un fort niveau d'énergie n'étaient jamais ceux qui étaient choisis pour la mettre en contact avec Osa, dans ce cas elles étaient séparées afin qu'Osa puisse se reposer et profiter de sa quiétude d'adulte. Shani, quant à elle, avait des activités correspondant à son niveau d'énergie. Parfois, lorsqu'Osa demandait à entrer en interaction avec Shani quand elle voulait jouer, je laissais faire tout en gardant en tête qu'il faut savoir distinguer un jeu équilibré : un chiot qui harcèle un adulte tendu, qui déploie une large palette de signaux d'inconfort, n'est absolument pas un moment positif pour l'adulte en question. Regardez si les rôles s'inversent, si l'adulte s'auto-handicape volontairement pour ne pas blesser le chiot et s'il n'y a pas de tension dans le jeu.


Les friandises masticatoires, les jouets d'occupation et la nourriture de façon globale était donnée en présence des deux, avec une grille de séparation à chaque fois ou presque, de sorte à ce que la présence de l'autre signifie l'apparition de quelque chose de super génial. « Oh, Shani est là, ça signifie que je vais avoir un truc trop cool ! » « Oh, Osa est ici, ça veut dire qu'on va me donner une chose super ! »

LES ASSOCIATIONS NÉGATIVES FRÉQUENTES

Une erreur à éviter impérativement est celle de repousser votre chien adulte lorsqu'il vient vous demander une interaction alors que votre chiot est présent. Ce n'est pas parce que le chiot est arrivé que dorénavant, votre chien adulte n'a plus le droit de venir vous voir dans ces moments-là. En le repoussant, vous risquez de créer l'association négative : « le chiot est là » = « je perds mon humain ». Autant dire que vous ne voulez pas que ça arrive alors au lieu de ça, profitez d'un moment comme celui-ci pour proposer des papouilles groupées et montrer à tout le monde que c'est vraiment top ! Dans le cas où votre chien adulte ne serait pas encore suffisamment à l'aise avec le chiot en revanche, mettez une distance entre eux en les papouillant chacun d'un côté par exemple.


On évite également de s'agacer constamment sur le chiot lorsqu'on perd patience, au lieu de ça on gère l'environnement : votre chien adulte risquerait d'associer votre état émotionnel en berne avec la présence de ce petit individu fraîchement arrivé. Surtout si vous êtes tout le temps relativement calme avec votre chien adulte, de l'agacement serait donc visiblement lié à la présence de bébé chien numéro deux. Et en même temps, rappelons que l'énervement ne sert à rien alors autant vous préserver et préserver votre chiot : quand vous sentez que la moutarde vous monte au nez, isolez-le et partez faire autre chose pour redescendre en pression.



QUAND LA RELATION S'ÉTABLIT


A présent, Osa et Shani sont ensemble quasiment toute la journée, elles dorment presque en même temps, peuvent avoir des activités de léchage et de mastication sous surveillance sans grille séparatrice, savent avoir des interactions équilibrées dans le calme ou dans le jeu, et Shani est apte à redescendre progressivement en excitation lorsqu'Osa ne souhaite plus d'une interaction mouvementée (même si elle a parfois encore besoin d'un peu d'aide). Ça a pris sept mois de travail quotidien pour arriver à ce résultat, avec deux chiennes diamétralement opposées en terme de tempérament.


L'une a trois ans, l'autre a à présent neuf mois et demi, et elles s'entendent superbement alors qu'au départ, ça semblait extrêmement mal parti. Il a fallu aménager l'environnement, faire preuve de patience et surtout, redoubler d'efforts pour faire en sorte que tout se passe pour le mieux, mais quels beaux résultats !

Bien entendu, selon les cas de figure, il peut être plus ou moins complexe de créer une association positive avec le chiot nouvellement arrivé. Dans ce genre de situation, n'hésitez pas à prendre contact avec un(e) professionnel(le) qui saura vous aider à mettre en place tout un tas de choses pour permettre à une belle relation de naître entre votre chien adulte et votre chiot. Une relation se travaille, des associations positives doivent se poursuivre au quotidien, mais une fois que chacun appréciera l'autre davantage, ça sera déjà une belle victoire. Et croyez-moi, de petits succès quotidiens, avant cette grande victoire, il y en aura plein !

© Toutougether - Nicoline Droogmans

www.toutougether.fr

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